Devenir aidant familial ne nécessite pas de diplôme ni d’agrément, mais plusieurs démarches administratives sont indispensables pour être reconnu et accéder aux aides. Voici les 7 étapes concrètes, les formulaires à remplir et les pièges à éviter.
Les 7 étapes pour devenir aidant familial reconnu
On ne « postule » pas pour devenir aidant familial — souvent, on le devient sans s’en rendre compte. Un parent qui perd son autonomie, un conjoint touché par une maladie chronique, un enfant en situation de handicap… Le rôle s’installe progressivement. Mais pour accéder aux droits et aides financières, il faut officialiser la situation. Voici comment.
- Évaluer la situation de dépendance du proche — Faites réaliser une évaluation GIR (Groupe Iso-Ressources) pour une personne âgée ou un diagnostic MDPH pour une personne handicapée. C’est le point de départ de tout le reste.
- Constituer le dossier APA ou PCH — Selon la situation (âge, handicap), déposez un dossier d’APA auprès du Conseil départemental ou un dossier de PCH auprès de la MDPH. Formulaire Cerfa n°15692*01 pour la PCH.
- Vous faire désigner comme aidant principal — Lors de la visite d’évaluation à domicile, faites-vous identifier nommément dans le plan d’aide. C’est cette désignation qui ouvre l’accès au dédommagement et au droit au répit.
- Choisir votre mode d’indemnisation — Dédommagement PCH (4,48 €/h) ou salariat via APA/PCH (SMIC horaire). Le choix dépend de votre situation familiale et professionnelle.
- Déclarer votre situation à votre employeur — Si vous êtes salarié, informez votre employeur de votre rôle d’aidant. Vous pouvez demander un aménagement de poste, un temps partiel ou le congé de proche aidant.
- Demander l’affiliation à l’assurance vieillesse — Contactez votre CPAM avec le formulaire S1106 pour ne pas perdre de trimestres de retraite pendant votre période d’aide.
- Vous inscrire auprès d’une plateforme d’aide aux aidants — Les PFR (Plateformes d’Accompagnement et de Répit) offrent soutien, formation et solutions de répit gratuitement. Trouvez la vôtre sur pour-les-personnes-agees.gouv.fr.
Étape 1 : Évaluer la perte d’autonomie du proche
Pour une personne âgée : la grille AGGIR
L’évaluation de la dépendance d’une personne âgée passe par la grille AGGIR (Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources). Elle classe la personne de GIR 1 (dépendance totale) à GIR 6 (autonomie complète). Seuls les GIR 1 à 4 ouvrent droit à l’APA.
Qui réalise cette évaluation ? L’équipe médico-sociale du Conseil départemental, après dépôt de la demande d’APA. Un médecin ou un travailleur social se déplace au domicile. Prenez le temps de bien préparer cette visite — certaines familles minimisent les difficultés par pudeur, et le GIR attribué s’en ressent.
Pour une personne handicapée : le dossier MDPH
La MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) évalue le taux d’incapacité et les besoins de compensation. Le dossier comprend :
- Le formulaire Cerfa n°15692*01 (demande unique MDPH)
- Un certificat médical de moins de 6 mois (Cerfa n°15695*01)
- Un projet de vie rédigé par la personne ou son représentant
- Les justificatifs d’identité et de domicile
Le projet de vie est un document souvent sous-estimé. C’est pourtant là que vous décrivez concrètement le quotidien : ce que la personne peut faire seule, ce qu’elle ne peut plus faire, et le rôle que vous jouez comme aidant. Soyez précis, concret, factuel. Les formulations vagues ne servent personne.
Étape 2 : Constituer le dossier de demande d’aide
Dossier APA (personne âgée de 60 ans et plus)
La demande d’APA se fait auprès du Conseil départemental du lieu de résidence. Les pièces requises :
- Formulaire de demande d’APA (propre à chaque département, téléchargeable sur le site du Conseil départemental)
- Photocopie du livret de famille ou extrait d’acte de naissance
- Copie recto-verso de la carte d’identité ou du passeport
- Relevé d’identité bancaire (RIB)
- Dernier avis d’imposition (ou de non-imposition)
- Copie du dernier relevé de taxe foncière (si propriétaire)
Délai de traitement : 2 mois légalement, souvent 3 à 4 mois en pratique. Le droit est ouvert à compter de la date de dépôt du dossier complet — pas de la date de la décision. Ce détail compte.
Dossier PCH (personne handicapée)
Le dossier PCH passe par la MDPH. Au-delà des documents listés plus haut, insistez dans le projet de vie sur :
- Les actes essentiels que vous réalisez (toilette, habillage, repas, déplacements)
- La surveillance régulière ou permanente que vous assurez
- Le temps quotidien consacré à l’aide
- L’impact sur votre propre vie professionnelle et personnelle
Étape 3 : Se faire désigner aidant dans le plan d’aide
La visite d’évaluation à domicile est un moment clé. Des conseils pratiques pour cette étape souvent stressante :
- Soyez présent le jour de la visite — votre témoignage sur le quotidien est essentiel
- Ne minimisez pas les difficultés. « Maman se débrouille plutôt bien » alors qu’elle chute trois fois par semaine ne rend service à personne
- Montrez votre implication : décrivez une journée type, listez ce que vous faites concrètement
- Demandez explicitement à être désigné comme aidant principal dans le plan d’aide
- Évoquez le droit au répit — si vous ne le demandez pas, il ne sera pas inclus automatiquement
Pour approfondir le dispositif APA, consultez notre guide sur l’APA à domicile 2026.
Étape 4 : Choisir entre dédommagement et salariat
Dédommagement PCH : avantages et limites
Le dédommagement convient si vous êtes le conjoint de la personne aidée (seule option dans ce cas via la PCH) ou si vous souhaitez une solution simple sans formalités d’embauche. Mais à 4,48 €/h, c’est un choix par défaut plus qu’un choix enthousiaste.
Salariat : plus protecteur mais plus complexe
Le salariat offre une vraie protection sociale (retraite, chômage, maladie). Il convient aux aidants qui ont cessé leur activité professionnelle et souhaitent maintenir des droits sociaux. Le CESU simplifie grandement les démarches — inscription gratuite sur cesu.urssaf.fr.
Étape 5 : Informer votre employeur
Les aménagements possibles
Vous n’êtes pas obligé de quitter votre emploi. Plusieurs aménagements existent :
- Temps partiel : l’employeur ne peut pas refuser un passage à temps partiel pour aider un proche (article L3123-2 du Code du travail)
- Télétravail : pas de droit automatique, mais beaucoup d’employeurs l’accordent aux aidants depuis le Covid
- Congé de proche aidant : 3 mois renouvelables, indemnisé par l’AJPA (64,54 €/jour)
- Don de jours de repos : vos collègues peuvent vous céder des jours de congé
La lettre à l’employeur
Pour le congé de proche aidant, envoyez un courrier recommandé au moins un mois avant la date souhaitée (15 jours en cas d’urgence). Le courrier doit mentionner :
- Votre souhait de bénéficier du congé de proche aidant
- La date de début souhaitée
- La durée envisagée
- Le nom de la personne aidée et votre lien avec elle
Joignez : déclaration sur l’honneur du lien familial + justificatif de la perte d’autonomie (décision APA ou notification MDPH).
Étape 6 : Protéger vos droits à la retraite
Le formulaire S1106
L’affiliation gratuite à l’assurance vieillesse (AVPF) se demande via le formulaire S1106 « Demande d’affiliation au régime général d’assurance vieillesse des parents au foyer ». Envoyez-le à votre CPAM avec :
- Justificatif du GIR ou du taux d’incapacité du proche (80% minimum)
- Attestation sur l’honneur de l’aide régulière apportée
- Dernier avis d’imposition
- Justificatif de domicile
Cette démarche est trop souvent oubliée. Des milliers d’aidants découvrent au moment de la retraite qu’ils ont des trimestres manquants — alors qu’ils auraient pu les valider gratuitement. Si vous ne faites qu’une seule démarche administrative aujourd’hui, faites celle-là.
Étape 7 : Rejoindre une plateforme d’aide aux aidants
Pourquoi c’est indispensable
L’isolement est le pire ennemi de l’aidant. Les plateformes PFR offrent :
- Un numéro d’écoute dédié
- Des formations pratiques (gestes techniques, gestion du stress, communication avec le proche)
- Des groupes de parole avec d’autres aidants
- Des solutions de répit (accueil de jour, hébergement temporaire)
- Un accompagnement administratif pour monter vos dossiers
Où trouver votre plateforme
Rendez-vous sur pour-les-personnes-agees.gouv.fr et cherchez « plateforme d’accompagnement et de répit » dans votre département. Il en existe plus de 200 en France. C’est gratuit. C’est confidentiel. Et ça change la vie.
Les formulaires officiels récapitulatifs
| Formulaire | Usage | Où le trouver |
|---|---|---|
| Cerfa n°15692*01 | Demande MDPH (PCH, carte mobilité) | service-public.fr / votre MDPH |
| Cerfa n°15695*01 | Certificat médical MDPH | service-public.fr |
| Formulaire APA | Demande d’APA à domicile | Site du Conseil départemental |
| S1106 | Affiliation assurance vieillesse (AVPF) | ameli.fr |
| Déclaration CESU | Emploi direct aidant familial | cesu.urssaf.fr |
| Demande AJPA | Allocation congé proche aidant | caf.fr ou msa.fr |
Les erreurs à éviter quand on devient aidant
Après avoir accompagné des centaines de familles dans ces démarches, voici les erreurs les plus fréquentes :
- Attendre trop longtemps pour faire les démarches. Les droits ne sont pas rétroactifs — chaque mois perdu est un mois sans aide financière
- Minimiser la situation lors de l’évaluation à domicile, par fierté ou habitude
- Oublier les droits retraite. Le formulaire S1106, c’est maintenant, pas dans 20 ans
- S’isoler. L’aidant qui ne demande pas d’aide finit par avoir besoin d’aide lui-même
- Confondre dévouement et sacrifice. Prendre soin de vous n’est pas égoïste — c’est la condition pour pouvoir continuer à aider
Pour une vue d’ensemble complète de vos droits et des aides disponibles, retrouvez notre guide complet de l’aidant familial 2026.
Devenir aidant familial est rarement un choix — c’est une réponse à une situation de vie. Mais les démarches pour être reconnu et soutenu, elles, relèvent d’une décision. Faites-la aujourd’hui.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour être reconnu aidant familial ?
Le délai varie selon le dispositif. Pour l’APA, comptez 2 à 4 mois entre le dépôt du dossier et la notification. Pour la PCH via la MDPH, le délai moyen est de 4 à 6 mois. Les droits sont ouverts rétroactivement à la date de dépôt du dossier complet.
L’aidant familial cotise-t-il pour la retraite ?
Pas automatiquement. L’aidant doit demander son affiliation gratuite à l’assurance vieillesse via le formulaire S1106 envoyé à la CPAM. Sans cette démarche, les trimestres ne sont pas validés — c’est l’erreur la plus fréquente chez les aidants.
Peut-on être aidant familial tout en travaillant ?
Oui. Plusieurs aménagements existent : temps partiel (l’employeur ne peut pas refuser), télétravail, congé de proche aidant (3 mois renouvelables, indemnisé 64,54 euros/jour) ou don de jours de repos par les collègues.